Accord Sénégal/FMI (ICPE) : Un ajustement structurel qui ne dit pas son nom ! Quid des experts sénégalais ?

Les services du FMI ont conclu un accord de principe avec le Sénégal sur un programme triennal au titre de l’Instrument de Coordination des Politiques Economiques (ICPE), a appris OICMA à travers un communiqué publié par l’institution. Cet accord est survenu à l’issue de discussions avec les autorités sénégalaises lors d’un séjour d’une équipe dirigée par Madame Corinne Deléchat, entre le 12 et le 23 septembre 2019. « La mission du FMI et les autorités sénégalaises se sont accordées sur un ensemble de politiques macroéconomiques et des réformes structurelles susceptibles de favoriser l’approbation d’un nouveau programme au titre de l’ICPE. » a déclaré Mme Deléchat.

Cependant, Il apparait clairement à la lumière du communiqué qu’il s’agit plutôt d’un ajustement structurel sur trois ans que les sénégalais doivent endurer sous couvert d’un accompagnement dont le pays pouvait se passer car disposant de compétences pouvant aisément et valablement conseiller ses autorités sur leurs gestions et stratégies, en tenant compte de l’intérêt national.

En effet, le programme prévoit d’accompagner la mise en œuvre de la seconde phase du plan Sénégal émergent dont le financement se base sur l’accroissement des ressources internes issues de l’élargissement de l’assiette fiscale découlant d’une Stratégie de Recettes à Moyen Terme (SRMT). Son objectif est d’atteindre une croissance soutenue et inclusive, tirée principalement par le secteur privé, de renforcer la stabilité macroéconomique par le maintien de la viabilité des finances publiques et la gestion prudente de la dette et d’instaurer une gestion soutenable et transparente des récentes découvertes d’hydrocarbures.

Ainsi, le programme accompagnera la stratégie du Gouvernement qui vise à accélérer le développement du secteur privé pour une croissance forte et inclusive.
« Cette stratégie repose sur (i) la modernisation des infrastructures et le renforcement du capital humain; (ii) l’amélioration de l’environnement des affaires par la rénovation du cadre juridique et notamment par la réforme du Code du travail ; (iii) la facilitation de l’accès au foncier et la modernisation de la justice commerciale; et (iv) l’élargissement de l’accès au financement des entreprises privées et en particulier celui des petites et moyennes entreprises. En outre, le Gouvernement s’est fixé pour objectif de réduire les disparités économiques et sociales entre zones urbaines et rurales et d’accroître les opportunités économiques pour les jeunes et les femmes. », a expliqué Mme Deléchat.
Aussi, le programme accompagnera la mise en œuvre d’une politique budgétaire visant à maintenir la viabilité des finances publiques et la soutenabilité de la dette à moyen terme dans le respect des objectifs communautaires en termes budgétaires (3%PIB) et de l’ICPE en termes de pression fiscale (20%PIB).

Enfin, il accompagnera pour la mise en place d’une gouvernance soutenable et transparente des ressources issues de l’exploitation des récentes découvertes d’hydrocarbures.
Si tel est l’accord, autant demandé au FMI de gouverner ce pays par délégation! Il y a aussi lieu de se demander au vu de l’accord si nos projets de développement ont été conçus par des compétences locales ? Si oui sur quelle base et sont-ils réalisables ? Comment se fait-il que la majorité des projets soit momentanément arrêtée ou au ralenti ? Le pays serait-il en crise au point que le FMI propose un plan de redressement ?

Comme il y a plus d’un demi-siècle, les projections du FMI sont on ne peut plus optimiste avec des prévisions de croissance à 7% en 2020-21 voire plus avec le début de la production commerciale des hydrocarbures en 2022. « Les perspectives économiques à moyen terme restent favorables. La croissance devrait passer de 6% en 2019 à 7% en 2020-21, tirée par l’investissement privé, avant de connaitre un nouvel élan… L’inflation devrait rester faible à moyen terme. Le déficit de la balance courante augmenterait jusqu’en 2021 du fait des importations nécessaires pour la construction des projets d’hydrocarbures et enregistrerait une baisse au démarrage de la production et de l’exportation du pétrole et du gaz. » Peut-on lire dans le communiqué.

Ainsi le FMI, en s’ingérant dans la politique intérieure du Sénégal, avec la complicité des autorités sénégalaises qui lui ont étalé tous nos secrets, en croyant se tirer d’affaire et bénéficier de financements sur les marchés régionaux ou auprès de la banque mondiale, renoue avec ses pratiques d’antan à l’égard des pays sous-développés, qui se sont soldées généralement par des échecs. Ces pratiques avaient installé la désolation, le désœuvrement, le désespoir et l’insécurité au sein des populations surtout jeunes qui ont fini par opter pour l’émigration clandestine pendant des décennies vers « des terres plus prometteuses » et dont les conséquences catastrophiques sont encore visibles.

Bien que le contexte et l’approche diffèrent, au risque de revivre les crises issues des politiques d’ajustements structurels inadaptées imposées aux pays africains après leurs indépendances en échange de « l’aide », ne serait-il pas préférable que le FMI, sous couvert de l’ICPE, s’abstienne d’influencer d’une manière ou d’une autre leurs politiques internes de développement comme le font les banques chinoises, entre autres ?

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