LA RELATION SINO-AFRICAINE EST-ELLE VIABLE A LONG TERME ?

La Chine, deuxième économie du monde, est aujourd’hui  devenue la première puissance économique étrangère en Afrique.

UN BILAN IMPRESSIONNNANT

Concernant le commerce extérieur, les volumes échangés s’élevaient à 170 milliards de dollars, en 2017. Pour rappel, un pays comme la France capitalisait 48 milliards de dollars  à la même période.

La Chine est le principal bailleur bilatéral pour les infrastructures en Afrique, avec 50% de part de marché selon un récent rapport du Cabinet international MC kinsey. La Chine seule fait plus dans ce domaine que la Banque Africaine de Développement (BAD), l’Union européenne, la Société financière internationale (IFC),  la Banque mondiale et le G8 réunis !

L’Empire du Milieu s’est intéressé jusqu’ici aux infrastructures, aux matières premières, aux ressources minérales et pétrolières. De  plus en plus,  il fait de la sécurité son cheval de bataille. Il vient à cet effet d’annoncer un financement de  63,9 millions d’euros en faveur de la force conjointe du G5 Sahel, 70,3 millions d’euros pour le dépôt militaire de Douala au Cameroun, et 1 million d’euros pour la mission de l’Union africaine en Somalie,

Le choix de ces secteurs est fondé par une vision stratégique d’expansion économique (plus de 10% de taux de croissance économique en moyenne sur les 40 dernières années à consolider) et par une volonté de sécuriser ses investissements.

Une chose très intéressante  dans ce bilan est que contrairement aux idées reçues tendant à faire penser que les entreprises chinoises s’intéresseraient très peu à l’Afrique, un rapport récent d’un grand Cabinet américain a montré que plus de dix mille entreprises chinoises opèrent sur le continent dont 90 % sont des privées. Les entreprises chinoises généreraient 12 % de la production industrielle africaine estimée à 500 milliards de dollars.

QUELS AVANTAGES ET VALEUR AJOUTEE PAR RAPPORT A LA COOPERATION CLASSIQUE EURO-AFRIQUE ?

Les concours financiers chinois présentent en général des conditions de prêts douces, souvent concessionnelles avec des éléments dons parfois importants, des durées,  diffères,   taux et délais de décaissement plus que  satisfaisants.

A cela s’ajoute que la Chine est peu regardante sur des paramètres comme les droits de l’homme et les questions démocratiques ;

Contrairement à l’Europe, la Chine du fait de son modèle économique efficace d’exportation dispose de capacité financière hors pair avec des réserves de change importantes évaluées à 3118 milliards de dollars en juillet 2018 .

L’Empire du Milieu, dépourvu de passé colonial en Afrique et observateur dans le mouvement des non alignés bénéficie aussi d’une image positive sur le Continent noir.

Au plan stratégique et géopolitique,  la Chine a eu l’intelligence de  s’appuyer sur l’Afrique pour construire une solide alternative face aux pays occidentaux à travers les BRICS.

 QUELS  ENJEUX ET DEFIS POUR L’AFRIQUE ?

Si on raisonne en volume, il y’a de quoi éprouver un sentiment de satisfaction sur  la relation entre la Chine et l’Afrique. Toutefois les enjeux et défis sont nombreux.

La qualité des projets financés par la Chine (stades, salles de congrès, infrastructures peu rentables économiquement) laisse à désirer. Cette dernière doit réaliser qu’elle n’a pas intérêt à financer des projets dont l’impact sur la pauvreté n’est pas réel. Elle gagnerait à être plus exigeante sur la destination de ses ressources afin de promouvoir une croissance inclusive capable de promouvoir l’érection d’une classe moyenne forte.

L’Afrique à son tour doit être plus exigeante en matière de transfert de technologie. Est-il normal que près de 60 ans après les indépendances, la Chine continue de construire des stades en Afrique par ses propres entreprises ? Il faut plus de partage d’expérience et de transfert de savoir-faire. La faible vocation des relations sino-africaines à développer les chaînes de valeur nationales africaines constitue une limite. Sur ce plan, la Chine ne se comporte pas mieux que les autres, et c’est là tout l’enjeu pour l’Afrique. La politique chinoise en Afrique pourrait être assimilée à  une politique de prédation, dès lors qu’elle ne contribue pas à transformer la structure des économies africaines. Mais la faute n’est pas qu’à la Chine. Nos pays et leurs milieux d’affaires ne font pas preuve de capacités et d’initiatives pour canaliser les opportunités chinoises d’investissement vers les intérêts et priorités de nos économies. Nous disposons de très faibles capacités institutionnelles pour maîtriser les investissements directs étrangers et les mettre au service de nos capacités productives.

Les deux partenaires devraient aussi veiller au risque de surendettement.   La dette publique en Afrique subsaharienne représentait 45 % du PIB fin 2017, soit une hausse de 40 % en trois ans. Sur ce total, la Chine  apparaît de loin comme le premier créancier. Le cas du Mozambique est encore dans tous les esprits. Quand ce pays s’est déclaré en défaut de paiement en janvier 2017, elle avait avoué l’existence d’une dette cachée dans ses livres ; en dépit du fait que le président chinois, Xi Jinping, ait récemment promis d’effacer la dette des pays les plus pauvres, il faut plus de transparence dans la relation.

Il est tout aussi souhaitable que les deux partenaires développent plus de  joint venture dans le domaines industriel en général,  de la  transformation des matières premières locales en particulier afin de contribuer à résoudre la lancinante question de l’emploi des jeunes ; la Chine et l’Afrique doivent  profiter ensemble d’opportunités comme l’AGOA et le programme Tout Sauf les Armes de l’Union européenne. Jouer la carte des délocalisations d’entreprises chinoises à forte demande de main d œuvre est aussi à explorer.

Limiter le troc du genre infrastructure contre pétrole et normaliser les relations commerciales en les inscrivant dans des procédures d’appels d’offre et de monétisation transparentes constituent aussi des défis à relever.

Les challenges liés à la lutte contre la corruption, à la nécessité de mieux coopérer dans le domaine très porteur de l’innovation technologique et de renforcer d’avantage leur coopération monétaire par une meilleure intégration du yuan dans les dispositifs monétaires doivent être mieux pris en compte. Ce dernier aspect se justifie amplement au regard de l’évolution ascendante des flux d’échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique.

En conclusion, la relation gagnerait â être revue et corrigée sous le sceau de la transparence et de l’efficacité.

Magaye GAYE

ECONOMISTE SENEGALAIS

Ancien Cadre de la BOAD et du FAGACE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.