Réforme sur le Franc CFA :  La Françafrique passe une fois de plus  à côté de l’essentiel

Par Magaye GAYE, Economiste et Ancien Cadre de la BOAD et du FAGACE

L’annonce de la disparition du Franc CFA intervenue à Abidjan en cette fin d’année semble, au-delà des sorties récurrentes, abordant la question de savoir si oui ou non  la réforme est cosmétique,  poser un débat plus profond : l’existence malheureuse d’une nouvelle stratégie de communication sur des questions essentielles, qui a tendance à mettre de côté les peuples et à asseoir une communication directe entre tenants de pourvoir franco africains. Cette stratégie qui semble s’internationaliser a d’abord été identifiée dans les actes posés récemment par le FMI dans l’assistance apportée à certains états africains.  Cet organisme pour beaucoup,  est derrière les réformes impopulaires actuellement engagées par certains Etats, réformes qu’on évite diplomatiquement de qualifier d’ajustement structurel pour ne pas réveiller de mauvais souvenirs : augmentation des prix de l’eau et de l’électricité, vérité des prix, réorganisation institutionnelle, coupe sombre et claire dans les dépenses budgétaires , arrêt des subventions etc…

Comment en pouvait t-il être autrement vu  la faible pertinence et l’insuffisante productivité des projets financés dans les plans nationaux de développement avec l’aval des Institutions de breton wood: infrastructures très coûteuses, peu rentables et à faible impact, portant souvent sur des ouvrages de sport,   des réceptifs culturels et des palais de congrès ?

Ce contexte paradoxal de « forte croissance ?» (6% en moyenne annoncés sur les 6 dernières années pour l’UEMOA) qui n’arrive pas à faire reculer la pauvreté et par ricochet le chômage des jeunes tentés par l’exode rural et l’émigration clandestine expliquerait sans doute  une volonté d’actionner également la variable monétaire. La France et les Chefs d’Etat des pays de la zone CFA profitent ils de cette situation de morosité économique pour calmer des opinions publiques très en colère et restaurer partiellement l’image de la France au Sahel ?

Au plan purement technique cette réformette laisse en suspens de vraies questions.

En contrepartie de quel actif monétaire, la France, si endettée,  accepterait t-elle de garantir une convertibilité illimitée de la nouvelle monnaie dans le contexte d’annulation du compte d’opération logé au trésor français ? L’essentiel de la question se cache derrière cette énigme. Par un système de surveillance multilatérale plus accrue ? Par un recours plus soutenu des Etats à la notation internationale ? Par des engagements par signatures ?  Quelles sont les contreparties juridiques et obligations des pays pour bénéficier d’une telle convertibilité ? Ces accords doivent être publiés !

Sur la gouvernance du nouveau dispositif monétaire, lorsque Monsieur MACRON  évoque des concertations informelles  en lieu et place de la présence des représentants  de son pays dans les banques centrales concernées par l’ex franc CFA,  veut il dire de manière voilée  qu’une partie des décisions, nonobstant l’existence de  procédures formelles de bonne gouvernance existantes devraient désormais se  régler au plus haut niveau politique entre chefs d’Etat par exemple ? Quel type de communication existerait dorénavant entre BERCY et les Ministères des finances de la zone ? Des reporting périodiques ?

Par ailleurs l’obstination de certains Chefs d’Etats à vouloir briguer un mandat de plus malgré les dispositions constitutionnelles qui les en empêchent expliquerait elle leur manque d’objectivité sur des questions aussi essentielles pour bénéficier du soutien Français ?

Il faut aussi se demander pourquoi sur des problématiques aussi importantes que les questions monétaires, à défaut de référendum, les parlements représentants démocratiques des peuples ne seraient pas saisis ?

Réformer le Franc CFA sans remettre en question un dogme, celui de l’idéologie monétariste incarnée par Milton Friedman qui fait de la lutte contre l’inflation  et du resserrement du crédit à l’économie son objectif principal en lieu et place de la lutte contre la  pauvreté est illusoire. De même que maintenir la production des signes monétaires en  France, privant des emplois à de nombreux jeunes diplômés en Afrique.

La réforme pour avoir un cachet plus sérieux  aurait dû aborder les questions suivantes :

–   renforcement du caractère indépendant et de la gouvernance des banques centrales de la zone en cooptant au niveau des conseils d’administration des experts de pays dont la gestion monétaire et économique est donnée en exemple (Botswana, île Maurice, Maroc, Cap Vert et Rwanda par exemple) ;

–   mise en place de conventions d’assistance technique avec des pays historiquement partenaires ;

–  instauration d’un système de taux de change flottant en fonction d’un panier de monnaies composé des devises des principaux pays partenaires (euro, yuan, dollars).

En décidant de se positionner  par anticipation sur les réflexions en cours sur l’éco, par le truchement de ses partenaires de l’UEMOA, la France ne pourrait elle pas saborder les réflexions en cours ?

Le moment n’est il pas venu pour l’hexagone de s’inspirer des exemples britanniques et allemands en se gardant de s’immiscer dans les affaires intérieures de ses ex colonies?

Magaye GAYE

Economiste

Ancien Cadre de la BOAD et du FAGACE

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